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7 procédures contre Philemon Yang devant la chambre administrative

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Sous la conduite de Me Joseph Nkenmoe, un collectif de 12 avocats a été constitué pour assigner le Premier ministre en justice, «pour violation de la loi relative au droit d’auteur, trafic d’influence, abus d’autorité, abus de pouvoir, trafic en bande organisée». Les plaignants sont, entre autres, la Société camerounaise civile de musique (Socacim) qui conteste à Philemon Yang la qualité de l’autorité compétente pour accorder, suspendre ou retirer l’agrément tel que précisé dans la loi.

L’on retrouve également, parmi l’accusation, les syndicats Sycamu, Scas, Snepac, Samca, ainsi que les associations Rapac, Carrefour culturel, Refondation culturelle, Amasafro, Acamsol, Luna, Lam. À cela, s’ajoute un collectif de 1400 artistes, producteurs et éditeurs qui accusent le Premier ministre au pénal d’association de malfaiteurs en bande organisés dont les actes leur font perdre beaucoup d’argent, de trafic d’influence, d’abus d’autorité et de pouvoir, de menaces sur des personnes, de manipulation de l’administration… Le collectif d’avocats entend aussi, en dehors de la procédure en annulation de la décision du Premier ministre du 22 mai, introduire une autre procédure, cette fois «pour la violation de la Constitution».

En décidant de porter le différend qui les oppose au chef du gouvernement devant la justice, les artistes entendent ainsi prendre leur destin en main. Il se murmure dans certains cercles proches des milieux du show-biz camerounais qu’il s’agit là, d’un message clair dont l’interprétation sociologique devrait faire réfléchir. Selon certaines sources, les musiciens sont prêts à défendre leurs intérêts et leurs droits au péril de leur vie. À l’observation, Philemon Yang et ses hommes, en voulant faire prévaloir la loi du plus fort, acheminent plutôt le pays vers un soulèvement social. Car, apprend-on, les artistes sont prêts à aller jusqu’au bout de leur revendication. Ce qui fait dire à un président de syndicaliste : «Si Philemon Yang cherchait la patate chaude, il l’aura en pleine figure. Nous sommes face à un précédent à nul autre pareil. Jamais un chef du gouvernement n’avait autant cristallisé et exacerbé la haine.

Aucun Pm n’a jamais été autant cité dans des affaires de mœurs. De Bello Bouba à Inoni Ephraïm en passant par Peter Mafany Musonge et Sadou Hayatou, personne n’a volé aussi bas. Le Cameroun sous Philemon Yang est devenu une République ridicule». Selon une opinion, il est à espérer que le conflit ouvert entre le Pm et les artistes qui, a démarré par une affaire de mœurs et de trafic d’influence, n’aboutisse pas à des troubles sociaux susceptibles de ternir l’image du régime en place qui, depuis quelques temps prend de l’eau de toute part. Comme cela a pu être observé dans d’autres pays, c’est toujours d’une petite histoire que se sont nés les grands soulèvements. Et, depuis deux mois environ que dure cette situation, la presse n’a cessé d’attirer l’attention sur les dangers sociaux des actes de M. Yang dans cette affaire qui, aurait du être réglée par les ayants-droit eux-mêmes, encadrés par les autorités compétentes.

Les pêchés capitaux du Pm

Le 27 avril, par message fax, le secrétaire général des services du Pm, Louis Paul, informe le ministre des Arts et de la Culture (Minac), Ama Tutu Muna, que Philemon Yang est contre la tenue le lendemain à Mbengwi, d’une assemblée générale constitutive d’une nouvelle société de gestion collective de l’art musical. Le chef du gouvernement s’offusque de ce que les artistes aient pris cette initiative au moment où une commission ad hoc a été mise sur pied dans ses services pour adresser des propositions au chef de l’État à propos des problèmes relatifs à l’art musical. Le Pm a de ce fait instruit la Minac d’inviter les artistes à surseoir à la création de la nouvelle société civile.

Malgré cette injonction, les artistes qui accusent le M. Yang d’avoir voulu leur imposer, en violation de la loi, des responsables étrangers d’origines camerounaises, se braquent et tiennent des assemblées générales portant dissolution de la Socam et constitution de la Socacim. Revenue à Yaoundé, des demandes d’explication sont adressées à Ama Tutu Muna et au président du Sycamu. La nouvelle société de gestion collective, conformément à la loi, présente un dossier à l’effet d’obtenir un agrément lui autorisant à gérer les droits de l’art musical.

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La Minac, autorité reconnue par loi pour la gestion du droit d’auteur, après examen du dossier, délivre le 15 mai 2015 un agrément à la Socacim, conformément à la loi de 2000. Les artistes sont en joie. Le même jour, à travers certains médias et réseaux sociaux, les hommes et femmes du Pm, annoncent que ce dernier annulera l’agrément accordé à la Socacim. Des juristes entrent en scène pour démontrer que si tel est le cas, ce ne serait qu’une violation de la loi. Malgré les avertissements, M. Yang, aveuglé par la vengeance, le 22 mai 2015, soumet dorénavant la délivrance de l’agrément à son visa. Il signe également une décision portant annulation de la décision de la ministre en charge de la Culture accordant l’agrément à la Socacim. C’est le scandale. Les artistes et plusieurs juristes montent au créneau pour dénoncer cette forfaiture. La peur de l’autorité fout le camp et les mots volent bas.

Il y a lieu de signaler que la situation du droit d’auteur s’envenime au lendemain de la sortie médiatique de l’artiste Romeo Dika. Le promoteur de la Radio des artistes, dans une interview accordée à votre bihebdomadaire, accuse Philemon Yang d’être l’épicentre de la crise. En effet, indique-t-il dans cet entretien, le chef du gouvernement, non seulement «entretient une relation douteuse avec son ex-épouse», mais a également instruit Ama Tutu Muna de le mettre à la porte du conseil d’administration de la Socam, une semaine après son élection. Roméo Dika subit alors toutes sortes de pressions. Et comme les artistes savent fouiller dans les poubelles, évidemment, la vie du Pm est exposée sur la place publique. Des affaires des plus sales remontent en surface. Viols, ébats sexuels… les artistes menacent de rendre publiques des vidéos compromettantes de l’ancien secrétaire général adjoint de la présidence de la République.

Guerre ouverte

L’implication directe de Philemon Yang, pour n’avoir pas pris de la hauteur et de la mesure dans le règlement du différent opposant les créateurs de musique, conduit aujourd’hui à la radicalisation des positions. La majorité des artistes, chantent désormais à chacune des sorties publiques de l’ancien ambassadeur du Cameroun au Canada, «Woko Woya Woko, Philemon woko satan l’habite woko woya woko oooooooooh». Il devient de plus en plus évident qu’aux yeux des artistes et de l’opinion, le Pm n’a plus de considération.

En imposant ses hommes de nationalités étrangères à la tête d’une société civile, Philemon Yang est en train de couper le cordon entre les artistes et le président Paul Biya. Après les épisodes des 15 et 22 mai 2015, eu égard aux déclarations des artistes dans les médias, l’opinion s’attend désormais à des batailles qui ne s’arrêteraient que probablement avec la victoire d’un camp sur l’autre. Il est certain que les leaders de l’opposition ne rateraient pas l’occasion pour monter au créneau.

Pour rajouter à la pression sur M. Yang en cette période de frilosité et frémissement politique, regroupés dans leur quartier général à Yaoundé, les artistes explorent tous les contours de la situation culturelle et politique. Dans les milieux des artistes, l’on est de plus en plus convaincu qu’il s’agit d’un complot savamment planifié à l’«Immeuble étoile», pour que les artistes musiciens se rebellent contre le régime en place. Car, nul n’ignore l’attachement et la fidélité des artistes musiciens à Paul Biya depuis son accession au pouvoir le 6 novembre 1982. Une loyauté restée intacte au plus fort des années 90. À travers des marches de soutien, des concerts et des chants à la gloire de l’homme du Renouveau, les créateurs des œuvres musicales ont toujours su démontrer, sans fantaisie, leur adhésion au projet politique et culturel du digne fils de Mvomeka’a. Mais aujourd’hui, ils sont décidés à mener le combat jusqu’au bout, pour la reconnaissance de leur droit, même s’il faut affronter les forces de sécurité à mains nues. Ils soutiennent à qui veut l’entendre qu’ils ne se laisseront pas entraîner par les entourloupes du chef du gouvernement qui à l’observation, dans la posture d’un véritable opposant, veut les monter contre Paul Biya.

Nadine Bella

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