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6000 Milliards de FCFA volés au Cameroun par les Multinationales entre 2001 et 2010

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Comment les terres camerounaises créent la richesse ailleurs. Les géants agro-industriels pillent plus de 60 milliards de francs CFA chaque année au Cameroun et les investissent dans le développement d’autres pays.

Les terres cultivables du Cameroun font en ce moment l’objet d’une sollicitation sans précédent. «La demande totale enregistrée depuis 2009 oscille entre deux et trois millions d’hectares» estime une étude de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED, ONG britannique) parue ce mois d’avril. Pour bien comprendre l’ampleur du phénomène, il faut savoir que, selon les chiffres du ministère camerounais de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minépat), avant 2005, seulement onze entreprises ou projets agroindustriels existaient dans le pays et s’étalaient sur une superficie d’un peu plus de 400.000 hectares. Aujourd’hui, le nombre d’entreprises aurait triplé.

«Entre 2005 et 2013, une trentaine d’entreprises ont revendiqué des droits sur des terres d’une superficie variant allant de 1000 à 500.000 hectares» révèle cette enquête réalisée par deux chercheurs camerounais: Samuel Nguiffo et Michelle Sonkoue Watio, respectivement secrétaire général du Centre pour l’environnement et le développement (CED), ONG environnementale basée au Cameroun et agronome spécialisé en économie et sociologie rurales. Cet attrait pour le Cameroun est en partie une conséquence de la politique d’incitation mise en place par les autorités du pays: exonérations, allègement des procédures d’accès à la terre, bail au rabais… Dans sa «vision 2035», le Cameroun mise en effet sur les investissements directs étrangers pour atteindre les taux de croissance nécessaires pour parvenir à l’émergence et pour créer l’emploi.

Duperie

Mais selon l’enquête de l’IIED, le pays devrait déchanter: «Si les exportations de produits agricoles visent à améliorer la balance des paiements, la plus-value apportée par les investissements réalisés est faible.»

Le problème, c’est que dans de nombreux cas, «on est très loin de l’agro-industrie stricto sensu, et on a affaire à des planteurs classiques, opérant sur de grandes superficies». Lesquels rapatrient la grande partie de leur production pour aller la transformer ailleurs, arguant de «l’absence de main-d’œuvre qualifiée ou des infrastructures et des ressources de base indispensables à la mise en place d’unités de transformation performantes (source d’énergie, eau et moyens de communication, notamment)».

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Selon l’étude, seulement 20% des entreprises installées au Cameroun auraient d’ailleurs une usine de seconde transformation. Du coup, toute la valeur ajoutée dont devrait bénéficier le Cameroun profite aux pays où sont installées les usines de transformation. Le pays hôte des plantations se contentant des emplois de manœuvre, dont la rémunération dépasse rarement les 50.000 francs CFA, affirment encore Samuel Nguiffo et Michelle Sonkoue Watio.

Vol

Le marché local ne semble pas non plus servi par cette politique: «La tendance générale, observée pour les agro-industries en production et celles ayant sollicité des concessions sur des superficies de plus de 1 000 hectares, est qu’elles destinent leurs produits au marché international». Les données du rapport Nguiffo-Watio montrent que plus des trois quarts des investisseurs sont orientés vers la demande internationale: production de biocarburants (palmier à huile, jatropha), de banane dessert et de matières premières agricoles destinées à approvisionner des unités de transformation (cacao, café, manioc et hévéa, notamment). Ces compagnies ne reverseraient pas non plus dans les caisses de l’Etat ce qui devrait normalement l’être. En 2012 par exemple, à l’exception des entreprises faisant dans la culture de la banane, le reste d’agro-industries n’aurait pas payé la taxe à l’exportation selon une fonctionnaire de la douane citée dans l’étude.

En février dernier, un rapport du Groupe de haut niveau contre les flux financiers illicites en provenance de l’Afrique, présidé par Thabo Mbeki, a confirmé cette tendance. Dans ce document commandé par les Nations unies, l’ancien président sud-africain et son équipe affirment que, par le biais de la corruption, du blanchiment d’argent et des pratiques commerciales douteuses, les multinationales ont volé 11,8 milliards de dollars (autour de 6000 milliards de francs CFA) au Cameroun entre 2001 et 2010. Et les agro-industries (fruits, noix comestibles et cacao) seraient responsables de la fuite d’un peu plus de 10% de ce montant. Ce serait donc annuellement plus de 60 milliards de francs CFA qui sont détournés au Cameroun pour servir au développement d’autres pays.

© Integration.org : Aboudi Ottou

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