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27 mars 2015: Un vendredi noir au Tcs pour Vamoulké

Amadou-Vamoulké-Directeur-Général-Cameroon-Radio-Television-CRTV

Le directeur général de la Crtv, lourdement accablé par une ex-collaboratrice, a été longuement cuisiné par la juge d’instruction. C’est un homme particulièrement ébranlé qui est sorti, vendredi soir, du bureau du juge d’instruction Annie Sorelle Bahonoui. A l’heure où Yaoundé accueillait avec ferveur le couple présidentiel, de retour en chair et en os d’un séjour privé en Europe, le directeur général de la Cameroon Radio and Television (Crtv) venait d’être longuement cuisiné au Tribunal criminel spécial (Tcs). En tout, Amadou Vamoulké aura passé la majeure partie de sa journée dans le bureau de la magistrate.

C’était ainsi le deuxième rendez-vous entre Mme Bahonoui et M. Vamoulké, après l’inculpation formelle à lui servie le 17 février par la même juridiction, après deux heures d’audition, pour détournement de deniers publics en coaction avec son prédécesseur, Gervais Mendo Ze, actuellement derrière les barreaux. Selon des sources introduites, quelque peu pris de court lors de la première convocation, le Dg de la Crtv avait demandé un temps de probation pour préparer ses éléments de défense. D’où le temps pris pour confronter ceux-ci avec les documents à charge.

En attendant la phase des auditions, et probablement des confrontations, les mêmes sources qualifient de «lourdes», les charges pesant sur le patron de l’audiovisuel à capitaux publics. Selon des confrères s’étant déjà penchés sur le dossier, Amadou Vamoulké aurait été copieusement chargée par une ex-collaboratrice, Antoinette Essomba, ci-devant directrice de la Marketing and Communication Agency (Cmca), la régie publicitaire de la Crtv où un trou de plus d’un milliard de francs a été découvert. Cette dame, apprend-on, déjà sous mandat de dépôt, aurait été particulièrement bavarde sur les pratiques dolosives en vigueur à la Tour d’aluminium de Mballa II, détaillant par le menu des tripatouillages, surfacturations, non facturations et autres prestations fictives.

Collectionneur de casseroles

C’est donc un Tcs amplement édifié sur la situation qui se penche aujourd’hui sur la gestion comptable – pour ne parler que d’elle – d’Amadou Vamoulké, avec en appendice des faits tout aussi criminels déjà retenus contre M. Mendo Ze. Le train de la justice pourrait ainsi véritablement s’ébranler contre le DG actuel lors de la prochaine audience chez la juge d’instruction, à une date qui n’a pas été précisée. Avec un risque réel de mise sous mandat de dépôt (détention provisoire).

Présumé innocent, certes, Amadou Vamoulké n’en traîne pas moins, au fil des audits et ce depuis des années, une solide réputation de collectionneur de casseroles. Arrivé à la tête de la Crtv le 26 janvier 2005 avec le slogan de «management moderne», l’homme aligne des états de service qui éloignent des normes de gouvernance communément admises. Se targuant de la protection – réelle ou supposée – d’Amadou Ali, à l’époque ministre de la Justice et désormais en charge des Relations avec le Parlement, le tombereau de dénonciations successives de la commission financière de l’Office semble le laisser de marbre.

Votre journal a eu, par le passé, à révéler que M. Vamoulké a déjà été l’objet de plus de 15 contrôles de gestion et a essuyé, au moins par deux fois, le refus de quitus de son conseil d’administration. Dans son rapport annuel de 2009, écrivions-nous alors, la commission financière de l’entreprise avait détecté «un trou budgétaire» total de 15,450 milliards FCfa. «Dans la pléthore de sommes indûment touchées par le DG, soufflait alors un fin connaisseur de la maison, une des plus flagrantes est la dotation irrégulière à laquelle il a droit, en même temps que les membres de la commission de passation des marchés, alors qu’il n’en fait pas partie. A cela, s’ajoute le fait qu’Amadou Vamoulké signe lui-même ses ordres de mission en violation de la réglementation qui prévoit que c’est le président du conseil d’administration (Pca) qui le fasse.» La commission financière a fait, dans le rapport susvisé, quelque 32 observations en rapport avec la gestion financière de M. Vamoulké.

Primes et châtiment

Deux ans plus tôt, le même avait déjà été épinglé par un rapport de contrôle au 31 décembre 2006, période pendant laquelle la Crtv comptait 2097 personnels dont 2054 régulièrement rémunérés. Au 30 novembre 2007, l’Office disposait de 2022 personnels pour 1901, «soit 121 employés non signalés dans les états des salaires». Ce à quoi il fallait ajouter les 70 agents dont les salaires n’avaient pas été mandatés. L’enquête pointait «la permanence des pratiques peu régulières dans le reclassement catégoriel des personnels». Des pratiques qui, avertissaient les commissaires, «constituent en définitive, une véritable bulle dont l’explosion fragmentée et régulière induit dores et déjà l’accroissement des charges des personnels».

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De quoi donner raison à certains personnels qui, le 24 août 2006, publiaient une accablante lettre ouverte à leur hiérarchie l’accusant, entre autres, de défaillances managériales, de l’absence d’un manuel de procédures et d’un mécanisme d’audit interne, du paiement «orienté» des indemnités mensuelles de représentation. Autrement dit, Amadou Vamoulké, entre-temps devenu un abonné assidu de charlatans béninois à qui il rend visite quasiment tous les mois à Cotonou, a décidé de s’octroyer des avantages dont il n’a(vait) pas droit.

Dans le cadre du tripatouillage des procédures de marchés publics, dont Vamoulké semble devenu l’un des meilleurs spécialistes du Cameroun, les rapporteurs l’avaient aussi épinglé dans un projet d’acquisition de 14 émetteurs et de 3 exciteurs de réserve. Seuls 4 émetteurs avaient alors été livrés, et le marché payé à hauteur de 66,7%. La présidente de la commission spécialisée de contrôle des marchés des approvisionnements généraux des services du Premier ministre, Elisabeth Schouame, avait émis un avis défavorable sur ledit marché du fait de plusieurs «omissions» en 5 points qui fondaient ses réserves, parmi lesquelles le «flou» autour de la responsabilité de l’installation des émetteurs. Par ailleurs, écrivait Mme Schouame, «l’authenticité de la signature du directeur de cabinet du Premier ministre sur l’autorisation de passer ce marché de gré à gré est préoccupante et mérite par conséquent d’être prouvée». Une grosse affaire de faux et d’usage de faux, sur laquelle Amadou Vamoulké est – comme souvent – resté droit dans ses bottes.

Le fameux marché de rénovation du système d’étanchéité au centre de production de Mballa II est une autre paire de manches. Il fut attribué à l’entreprise Nicam en «l’absence d’études préalables» et sans un marché de contrôle d’exécution. La régularité de cette attribution fut fortement remise en cause : «Bien plus, elle est sujette à caution du fait du délai observé entre l’ouverture des offres financières, le 9 août 2007, et leur analyse proprement dite le 13 août 2007 et l’attribution dudit marché, prononcée le 7 septembre 2007.» Et qui a oublié ces autres accusations nombreux paiements antérieurs à certaines procédures en matière de marchés publics, et dont les contrats ne sont finalisés qu’en régularisation, ces paiements de primes de souscription de polices d’assurances qui ne prennent pas en compte les risques couverts?

Le multirécidiviste

Incorrigible et récidiviste, Amadou Vamoulké s’était signalé, voici quelques mois, dans une tentative de passage en force sur un marché de gré à gré avec l’entreprise chinoise Huawei, portant sur une enveloppe de 50 milliards de francs, dans le cadre du passage du système analogique actuel à la télévision numérique terrestre (Tnt), appelé à intervenir le 7 juin prochain dans le monde entier. Le chef de l’État, dans un souci de transparence, avait instruit l’ouverture de ce marché à la compétition.

Une mission séjourna ainsi en Chine, à l’initiative de Paul Biya, comprenant le ministre de la Communication (Mincom), Issa Tchiroma Bakary, Amadou Vamoulké et des experts locaux. Elle s’entretint avec les dirigeants des firmes Huawei, Zhong Xing Telecommunication Equipment Company (Zte) et StarTimes Media Sarl. Les termes de référence et le dossier de consultation du marché, furent élaborés et transmis au ministère en charge des Marchés publics (Minmap), directement rattaché à la présidence de la République aux fins de lancement d’un appel à candidatures et rapport au chef de l’État pour non objection.

Sauf que, dans l’espace, Zte s’est retiré de la course pour laisser le terrain à Huawei et StarTime, le premier taxant ses prestations à 150 milliards de francs et le second, c’est-à-dire le mieux disant, autour de 100 milliards de francs. Or voici que, alors que la date de la migration approche, des sources dignes de foi font état de fortes pressions destinées à favoriser le premier, et donc le plus cher. Avec la bénédiction du Dg de la Crtv et d’autres pontes du régime.

Une chose est certaine, ce ne sont pas des dossiers «lourds» intéressant la justice et concernant Vamoulké qui manquent. Des sources proches du Tcs voient aujourd’hui le Dg plus rapproché de la case prison que de la prolongation du bail à la tête de l’Office.

René Atangana

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