Features

Émergence 2035 : Ratés à l’allumage

Émergence 2035

Entendue comme l’ultime recours pour redorer le blason terni  du Renouveau, l’ émergence annoncée pour 2035 a inéluctablement pris du plomb dans l’aile. Suffisant pour compromettre définitivement son avènement à date.

AVEC UN TAUX d’exécution d’à peine 40%, le budget d’investissement public ne parvient pas à booster la croissance et compromet ainsi l’avènement à date de l’ émergence socio-économique. Constat amer s’il en est un qui a amené les autorités compétentes à envisager l’élagage de certaines procédures qui en alourdissent la mise en oeuvre effective. Dans cette optique, il est clair qu’il faille préalablement s’arrimer au mieux aux exigences d’émergence. Et analyse faite, il est clair qu’il faudra que le gouvernement à venir veuille se mettre à la hauteur des enjeux réels tenant autant de la dilution des menaces sécuritaire et sanitaire actuelles que de l’impératif de doper la croissance économique globale.

Toutes choses qui ne s’accommodent guère ni de l’inertie décriée par Paul Biya lui-même et encore moins de l’inefficacité ambiante des politiques et stratégies sectorielles actuelles. Pourtant ce n’est pas faute pour notre pays de disposer de ressources humaines à même de gagner un tel pari, mais du fait du cloisonnement de l’information entretenu à dessein par ceux-là même qui ont fait du sérail une véritable chasse gardée, on en est à reprendre les mêmes, ne serait-ce qu’à en juger par la longévité moyenne des 300 collaborateurs environ auxquels Paul Biya a eu recours de 1982 à nos jours.

En 32 années de pouvoir,  Paul Biya aura ainsi privilégié un jeu de rotation «sur place», favorisant une fonctionnarisation des plus préjudiciables en termes de dynamique progressiste du pouvoir. Dans cette optique, on peut citer des records de longévité à l‘instar de ceux de Hamadjoda Adjoudji, ministre de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales du 07 juillet 1984 au 04 décembre 2004. Il a affiché dans son compteur 21 ans de service ministériel ou encore de Joseph Owona, avec un cumul de 21 ans à la fonction de ministre.

Et même si certains des ministres sous le Renouveau se sont retrouvés derrière les barreaux, il est clair que cette réalité traduit au mieux le déphasage de ces derniers d’avec les enjeux réels pour lesquels ils auront pourtant été commis à leurs différents postes ministériels. Pourtant quand il est décidé de porter l’affectation budgétaire pour l’investissement public à hauteur de 30% du budget de l’Etat du Cameroun, de nombreux observateurs avertis de la scène socioéconomique camerounaise, y voient la matérialisation d’une volonté politique à booster la croissance économique globale. Mais très tôt l’engouement qu’a suscité cette option s’est vite estompé avec la publication du bilan de l’exécution du Bip par le ministère de l’Economie.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

En effet, il en ressort qu’au 30 septembre 2014, seulement 36% du BIP camerounais a été exécuté. Suffisant pour comprendre la persistance de la sous-consommation de ces financements, pourtant destinés à booster l’investissement public, améliorer la consommation intérieure et de ce fait, à doter les populations de certaines infrastructures de base jusqu’ici déficitaires. Au plan régional, seules les régions du Nord (50,2%) et de l’Ouest (62,2) affichent des taux de réalisation atteignant 50%. Avec 19%, la région du Centre est la moins performante en matière de consommation du Bip. Situation qu’on impute volontiers à la frilosité des gestionnaires de crédits, qui sont de plus en plus prudents dans les engagements sur les fonds publics, de peur d’être happés par les serres de  l’opération Epervier.

De même, il y a le fait que les entreprises présentent des offres qui bémolisent les coûts des marchés, dans l’optique d’en être les adjudicataires finaux. Un stratagème qui leur permet ainsi de demander après coup, des rallonges budgétaires en cours du projet. Des rallonges qui ne leur sont toujours pas accordées, entraînant dès lors l’abandon des chantiers.

Lourdeurs

Mais la plus grave récrimination tient des lenteurs administratives observées dans la passation des marchés publics, lesquelles lenteurs se sont décuplées depuis la création d’un ministère des Marchés publics, qui concentre l’essentiel des passations des marchés de l’ensemble du pays. Or, autant il est instauré des commissions ministérielles de passation des marchés publics, autant on comprend mal qu’on assujettisse ces dernières à la validation préalable du ministère des marchés publics.

Situation qui crée inéluctablement des doublons, non sans que cela déteigne sur la trésorerie des entreprises adjudicataires, déjà desservies par le paiement tardif des prestations qu’elles réalisent pour le compte de l’Etat. Si tels sont les griefs ou plus exactement les raisons généralement évoquées pour expliquer la sous consommation du Bip, on y adjoint également la non-maturation des projets. A ce propos, le secrétaire général du ministère camerounais de l’Economie, croit savoir que l’obstacle qui se dresse sur le chemin de la consommation optimale des crédits à l’investissement est, la non-maturation des projets devant accueillir lesdits investissements.

Pour preuve, seulement 35% des projets (156 projets et programmes au total) inscrits dans le budget d’investissement public actuellement en cours au Cameroun, ont atteint leur phase de maturation. En conséquence, près de 65% des projets inscrits dans le Bip cette année pourraient ne pas être réalisés. En rappel, sur l’enveloppe de 3 236 milliards de F Cfa représentant le budget de l’Etat du Cameroun pour l’exercice 2013, 40% sont alloué à l’investissement soit 1294.4 milliards de F Cfa selon les déclarations du ministre des Finances devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale, contre 60% pour le fonctionnement.

Une allocation budgétaire qui malheureusement ne parvient pas à impulser cette dynamique de croissance qui devrait être la sienne, eu égard à ce que nous avons décrié supra. Et dans un tel environnement, on en vient à penser qu’aude là de la volonté politique, il faut aller plus loin.

© Aurore Plus : Muna Dimbambe

Populaires cette semaine

To Top